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Alors que je n'avais pas quitté l'Europe depuis plus de trente ans, mon séjour à Séoul ne m'a pas seulement fait découvrir une autre culture : il m'a aussi tendu un miroir vers mon propre pays et vers ma commune.
Un écran, qui pulse 24 heures sur 24 du côté de Gangnam, est visible depuis ma chambre d'hôtel à Itaewon, soit six kilomètres plus loin. Séoul, temple de la démesure, a pourtant une base traditionnelle qui se méfie de ce qui brille. Le confucianisme y est toujours présent, dans les métros où les règles de savoir-vivre sont répétées via écran de télévision, et il cohabite avec d'autres traditions, comme dans la rue où la messe est parfois diffusée par haut-parleur. C'est surprenant pour une Suissesse de voir à quel point ces mondes semblent cohabiter sans problème.
Séoul est une ville qui s'est construite rapidement, sans une réglementation similaire à la nôtre, et où les temples et les églises ont fini au milieu des intersections, au pied des immeubles. Il n'y a pas de cohésion et, étonnamment, cela a son charme aussi. Séoul a ses racines et son dynamisme. Et tradition et modernité ne semblent pas lutter l'une contre l'autre.
En Suisse, notre goût pour la discrétion semble s'être pérennisé au fil du temps jusque dans l'urbanisation. Par souci de préserver notre paysage, nous avons voté pour la LAT et souhaité la densification de nos sols. Mais nous ne sommes pas prêts à voir des immeubles plus hauts s'implanter dans nos villages. Nous semblons avoir peur de la modernité, comme si elle nous ferait perdre notre identité. Résultat, nous nous trouvons à court de logement.
À Séoul, la discrétion est omniprésente mais elle se trouve ailleurs : on ne parle pas fort, on se fait le plus invisible possible, on attend en file pour monter dans le métro ou pour rejoindre un escalator. Cette discrétion, j'avoue l'envier parfois, quand je prends les transports publics ou quand je fais la file en bas d'une piste de ski.
Le dernier soir, avant de fermer les rideaux sur l'écran de Gangnam, je repense à ma commune et à mon pays. Je me réjouis de retrouver cette discrétion architecturale, nos beaux paysages mais je regretterai l'autre discrétion, même si, il ne faut pas le nier, je suis la première à parler et à rire trop fort. Un juste milieu entre les deux, c'est peut-être ce que je cherche. Laisser place à la créativité mais dans l’harmonie. Tout un programme.
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